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Petite confession

  

Il me faut avouer que je ne peux raconter par le menu ces journées passées à sillonner l’ile rouge, il me faut aller à l’essentiel et tant pis pour toutes ces scènes qui jalonnent les rues et les routes que j’emprunte chaque jour.

Aujourd’hui je quitte Fianarantsoa pour me rendre dans le massif de l’Isalo (prononcer ichal).

Encore une fois la RN7 traverse de vastes espaces montagneux où les paysages sont véritablement spectaculaires. J’irais même jusqu’à comparer cela aux paysages du grand ouest des USA

Ici il commence à faire très chaud, je suis plus au sud et cela se sent.

La végétation semble aride car c’est la sortie de l’hiver, bientôt tout sera vert.

Les villes et villages traversées sont animées et hautes en couleurs.

Une impression que c’est jour de marché chaque jour, car l’absence de commerces de distributions, oblige la tenue de marché quotidien, dans une belle pagaille chacun trouve, achète ou échange selon ses besoins.

De longues processions familiales marchent sur la route le matin très tôt pour rejoindre le bourg le plus proche et l’après midi pour rentrer chez eux.

Je passe la nuit chez Alice à Ranohira, c’est un des repaires des guides pour la visite du massif de l’Isalo,

L’ambiance y est festive et j’y fait la connaissance de 2 charmantes étudiantes en médecines qui partent le lendemain découvrir de fameux site de l’Isalo.

Pour moi c’est plus simple je repars au bon matin, mon challenge la piste de la RN9 m’attend.

Mais avant, je vais découvrir avec les derniers km de la RN7 la ville de Tuléar et ses environs : les plages d’Ifaty (prononcer Ifate).

Tuléar

La ville de Tuléar fait penser à une ville au bout du monde, une ville oubliée, mais active et festive.

Nous sommes samedi et ce soir c’est la fête comme chaque semaine.

Besoin de se détendre si loin de tout, c’est ce qui doit motiver les jeunes de Tuléar.

Je participe un peu à cette tradition en furetant au abord des boites de nuit et pendant mon sommeil en étant bercer par les musiques nocturnes.

Dans la journée, la promenade dans les rues de Tuléar sont reposantes, la ville est reposante, (plus tard je serais dans des villes encore beaucoup plus étranges, car encore en dehors du temps).

Je profite de cette étape pour faire le point sur la suite de mon voyage, il s’agit de ne pas me tromper car dès demain j’attaque le gros morceau : la piste, avec un petit essai d’une vingtaine de km en sable pour me rendre à Ifaty village du paradis sur terre.

 

C’est de Tuléar que partent les camions brousse vers le sud et le nord.

Les départs sont spectaculaires, hauts en couleurs, les camions chargés à bloque partent le soir à la fraiche et parcours les pistes de la savane pendant parfois plus de 30 heures. Les chauffeurs sont très courageux et aussi très habiles car je vais l’apprendre que le lendemain la piste c’est l’enfer.

 

Vers les plages de sable fin

Il n’y a pas beaucoup de km à faire pour rejoindre Ifaty aujourd’hui, une vingtaine tout au plus , mais c’est mon premier contact avec la piste pompeusement appelée RN9 et ce n’est que du sable. Un test en quelque sorte, la progression est pénible, lente et difficile et déjà de bon matin il très fait chaud. J’ai l’impression que c’est la moto qui a pris le commandement, elle va où elle veut et moi la seule chose qui me reste à faire c’est de tenter de rester dessus.

 

Après deux heures d’effort, je suis en vue des plages de sable fin.

L’étape sera excellente, un bungalow confortable sur la plage, les cocotiers, la langouste (cuite au feu de bois sur la plage), le soleil, la mer avec une eau à environ 25°, enfin rien à dire, cela ressemble au paradis sur terre même si je ne connais pas encore le vrai paradis (celui qui m’attend la haut bien sûr)

  

La piste

Après cette halte à Ifaty, je pars de bon matin (5 heures) pour affronter mon challenge, celui que je suis venu chercher en terre de Madagascar.

Depuis mon départ de Tamatave, j’ai parcouru un peu plus de 1000 km, sur une route bitumée en traversant des paysages de rêve.

Ce fut assez facile, mais mon projet et avant tout d’aller au cœur de la savane sur cette côte ouest.

Beaucoup d’interrogation me poursuivent depuis quelques jours : en suis je capable ?

Rencontrer ces malgaches qui vivent loin de tout, affronter cette piste que l’on dit terrible, et  comment va tenir mon matériel, et ma préparation (cartes et waypoints) pour ne pas me perdre, est elle bonne ?

Ce sont toutes ces inquiétudes qui m’assaillent au moment du départ. Mais quant il faut y aller il faut y aller.

Les premiers km sont très durs, il me faut trouver le rythme, la moto semble adaptée pour ce genre de piste, ni trop légère et surtout pas trop lourde, je suis patient et j’essaie d’apprendre vite et bien.

J’ai 56 ans, et devant moi plus de 670 km de piste, et j’ai aussi la volonté de réussir à visiter cette région très reculée.

Après plus de 12 heures d’efforts je cesse ce combat pour me poser dans village.

Ici pas d’électricité, pas d’eau chaude, n’y de boissons fraîches. Simplement des hommes, des femmes et des enfants qui doivent du matin jusqu’au soir travailler dur pour survivre. D’emblée je me sens bien avec eux, leur accueil est plein de générosité, tellement ému de cette expérience que je décide de rester tout la journée du lendemain ici au village, et ainsi suivre leur difficile journée de labeur. En fait pour eux j’ai de suite l’impression, que tout cela est naturel, les rires, les jeux des enfants, les sourires de tous en disent long sur cette vie.

La nuit j’ai été incroyablement surpris par la beauté du ciel étoilé, sans pollution, sans éclairage, le ciel montre ses plus beaux atouts.

Je n’avais de ma vie jamais vu un pareil spectacle. Tout tourne ici entre les quelques zébus, les petites plantations de riz, les corvées d’eau et de bois. Rien de plus et c’est déjà beaucoup. Je ne sors pas mon appareil photo de la journée, je pense que c’est un objet bien mal placé dans ce cadre. Et avec le recul je ne regrette pas.

Beaucoup de ces scènes m’arrachent quelques larmes, je suis heureux cela faisait bien longtemps que…